Hamid Chanana, rappeur
" Je me méfie de la politique..." »
Hamid Chanana fait partie des précurseurs du mouvement rap guinéen. Depuis la sortie de son premier album, Sewa, il y a de cela cinq ans, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Petit à petit le jeune Hamid s’est démarqué du rap pour faire de la variété musicale. Nous lui avons tendu le micro. L’homme nous parle de son nouvel album, S.O.S Amour et de son engagement à soutenir les actions du général Conté.
Le Démocrate : Nous sommes à quelques jours de la sortie officielle de ton troisième album, prévue pour le 1er janvier 2004 au Palais du Peuple. Alors comment se définit cette troisième livraison, intitulée S.O.S Amour ?
Hamid Chanana : Je me suis beaucoup inspiré de l’état actuel de la musique guinéenne pour faire ce troisième album. J’ai mis assez de temps dans sa confection et je me suis concentré à fond. Je peux dire que c’est l’un de mes meilleurs albums. Ceux qui l’ont écouté n’ont pas manqué de me dire que l’inspiration qui a mené à cet album est trop forte. Ils m’ont dit également que ma musique a beaucoup évolué.
Mais Hamid, quand tu sortais ton second album enregistré à Paris, Mano River Union, tu as tenu à peu près le même langage. Pourtant, il est passé tout à fait à côté du succès de Sewa, ton premier opus…
Tout artiste peut sortir un album qui peut marcher plus que tous les autres. En exemple, on peut citer « Thriller » de Michael Jackson. Jusqu’à ce jour Michael n’a pas battu le record de « Thriller ». Peut être que, dans l’avenir, j’arriverai à faire un album qui aura le dessus sur Sewa qui, il faut le reconnaître, a été mon premier succès, mais un grand succès tout de même.
On dirait qu’au départ tu as sous estimé ce succès. A la place, d’autres personnes seraient restées, en Europe pour injecter le second album sur le marché et observer son comportement. Mais, toi, tu t’es carrément retourné au bercail…
Non, je n’ai jamais sous-estimé le succès de Sewa. J’ai été en Europe où j’ai beaucoup tourné. J’y ai fait mon second album Mano River Union. Revenir en Guinée et faire la promotion de mon album était naturel. Je ne peux bien vivre qu’en Guinée. Je suis natif de ce pays, c’est ici que je me sens à l’aise. Voilà pourquoi j’ai opté pour le retour au bercail.
Pour que Sewa n’étouffe pas S.O.S Amour, qu’est-ce que Chanana a amélioré dans cette troisième livraison ?
Ce qui a évolué dans la musique de Chanana, c’est l’inspiration. Je demande au public d’écouter l’album avant de le juger.
Tu es à ton troisième album, Hamid. Dis-nous maintenant, es-tu un rappeur ou quelqu’un qui fait de la musique de variété ?
(rires)… Maintenant je vous informe que je suis un artiste qui fait de la variété musicale. La musique n’a pas un statut fixe. Je suis musicien, je peux faire toute sorte de musique. C’est une autre façon de montrer ma capacité. Je suis aussi à l’aise dans le reggae, la salsa, le zouk que dans le rap.
Chanana aussi a chanté le Général Lansana Conté. Est-ce par conviction que tu approuves les actions du Général Conté ou il faut se conformer au temps ?
Vraiment c’est le temps. Il faut se conformer au temps.
Donc, si d’un revers de main quelqu’un balayait le régime du Général Président, Chanana magnifierait le nouveau venu ?
Il y a un problème. Je suis musicien – chanteur. J’ai fait quelque chose sans le moindre regret. Il y a eu trop de murmures autour de la chanson que j’ai faite pour le Président. Certains ont dit que c’est fini pour moi. Je ne suis pas le seul à l’avoir fait. Alpha Blondy a chanté Houphouët. Il est toujours célèbre. Fodé Kouyaté a chanté le Président Conté, à l’heure actuelle il est l’un des artistes les plus aimés du pays. J’ai chanté le général Conté, et alors ? Je n’ai tué personne.
Alors Chanana, tu as chanté le Président par conviction ou par opportunisme ?
Je crois en ce que le Général Conté fait. J’ai chanté ce que j’ai vu. J’ai dit qu’il a fait des routes, construit des hôpitaux, qu’il a crée beaucoup d’initiatives pour le développement de ce pays. Ou bien vous n’avez pas vu les routes ?
Si. Mais tu n’as pas dit qu’il a trop duré au pouvoir.
Ça n’engage que lui. Je ne veux pas trop parler. Je me méfie de la politique. C’est un jeu des grands.
Une troisième question Hamid. Pourquoi ton troisième album porte-t-il le titre de S.O.S Amour ?
Je réclame de l’amour entre nous. Il faut que les guinéens bannissent entre eux l’hypocrisie et qu’ils s’aiment sincèrement. C’est un album aussi que j’ai fait avec beaucoup d’amour. La musique a beaucoup évolué, j’en ai tenu compte. Je voudrais satisfaire mes fans et tous les amoureux de la musique guinéenne. Et surtout, mes meilleures amies en Guinée que sont les femmes. S.O.S Amour c’est aussi pour elles et contre toute l’injustice qu’elles subissent…
Propos recueillis par
Ras JediJah