LES CEREMONIES FUNERAIRES DANS
 LES COMMUNAUTES PEUHLS ET MALINKE DE GUINEE

 

Le retrait de l’africain du monde d’ici bas est marqué par des funérailles qui sont souvent l’occasion pour les parents, amis, sympathisants et connaissances de partager la tristesse et l’amertume avec les proches des défunts.

La mort d’une personne chez les peuhls comme chez les malinkés est marquée par une période plus ou moins longue selon le staut ou le rang social qu’occupe le défunt. Cependant, on note quelques spécificités dans les rites mortuaires tant chez les peulhs que chez les Malinkés avec des survivances de la période anismiste qui a précédé l’avènement de l’Islam.

Après tous les préalables relatifs notamment l’annonce du décès, à la présentation des condoléances, aux sacrifices rituels ainsi qu’au toilettage mortuaire, l’enterrement proprement dit chez les peulhs ou le rite de l’inhumation comprend deux actes précis : le placement du corps au fond d’une escavation et l’ensevélissement.

Le premier acte est confié à un nombre de personnes, (trois au moins ou neuf ou plus) désignées parmi les lignages représentants des villages voisins. Il consiste à déposer la dépouille au fond de la tombe, l’y reposant sur le côté droit (à mi-découvert), les pieds orientés vers le levant.  En principe l’assistance lit à voix basse l’invocation suivante :

«O Dieu, notre compagnon est devenu ton hôte, il a laissé derrière lui ce bas-monde et il a besoin de ce qui tu détiens (ta miséricorde). O mon Dieu, raffermis son langage lors de l’interrogatoire. Ne lui inflige pas, dans son tombeau une épreuve qu’il ne pourrait supporter. Fais le rejoindre sonProphète Muhamed».

Si le défunt est un homme, on prend toujours soin de le coincer de face contre les parois Est de la tombe alors que la femme doit être placée de dos contre les parois ouest.

Il s’agit, dans l’un et l’autre cas, d’éviter qu’à la phase de transformatrion, la dépouille ne retombe sur la position réprouvée de jouissance sexuelle. Ainsi est-il prévu que l’homme retombe sur le ventre.

Après le placement convenable du corps au fond de la tombe, les exécutants remontent sur les bords. Les assitants se passent alors les bûches taillées sur mesure, appelées « Pidè », devant constituer clayonnage latéral protecteur dont les interstices seront ensuite bouchées avec les branchanges de feuilles ou de pailles, avant d’y ajouter la terre du tombeau. A la fin de l’opération, la civière est déposée sur le tombeau, ou contre un arbre, tout près.

Toute l’assistance prend de nouveau place autour du monticule qui seul, désormais, marquera la présence du disparu, pour réciter une dernière invocation le «Fida U» qui, dit-on, constitue une particularité salutaire pour défunt, dans l’au-delà.

Apèrs quoi, chacun, se retire calmement du lieu. Il n’est point obligé que tous les participants à la cérémonie retournent, après l’enterrement, dans la concession mortuaire. Seuls les proches-parents du défunt sont tenus d’y revenir, en vue de consoler la famille, et de continuer à recevoir les condoléances.

Il n’y a pas de date limite pour la présentation des condoléances «hiwrondiral faatunnde» ou «yarkintingol faatunnde» ou encore «dyuurondial faatunnde». Toutefois, il est particulièrement intéressant de remarquer que chez les fulbhé, on se garde généralement de les adresser en certains jours de la semaine, précisément le mercredi et le samedi. L’infraction à la règle peut, dit-on entraîner le renouvellement, avant longtemps, du deuil au sein des familles visitées.

Les rites mortuaires des fulbhé sont ainsi simples mais aussi complexes, exigeant pour leur accomplissement correct, une expérience suffisante de la part des officiants. Et leur finalité est d’assurer, ici comme ailleurs, un meilleur devenir à tout défunt.

Précisons cependant que si tout mort doit en principe, jouir des mêmes rites, il existe néanmoins des cas spécifiques chez les peulhs.

Ceci s’applique d’une part pour les personnes qui périssent dans des circonstances exceptionnelle (noyade, incendie) ou à la suite de maldies graves, à eux, on doit appliquer des rites spécifiques liés à l’état des corps.

D’autre part, cela vaut pour les personnes éminentes, notamment les chefs temporels et les chefs spirituels ou encore des cas de suicide, explique Mohamed Malik Diallo dans son thème de mémoire. Rites et croyances funéraires chez les fulbhé de la Moyenne Guinée.

L’inhumation (sudon) chez les Malinkés

Chez les Malinkés, l’inhumation se fait dans la terre-mère, source de fécondité et demeure des ancêtres et prend une signafication métaphysique. La terre est en effet le lieu par excellence des transformation. Non seulement on y enfouit les graines lors des semailles, mais aussi elle intervient comme médiat dans tous les rites de passage. On lui confie le cadavre au moment des funérailles, les rognures d’ongles, les cheveux des néophytes et les débris d’organes excisés ou circonscis au moment de l’initiation : le placenta et le cordon ombilical pendant la naissance «Tous ces faits attestent la relation indissoluble qui unit la pourriture à la renaissance, écrit Alamako Doumbouya dans «réflexion sur la mort chez le Maninka». L’inhumation est donc une phase cruciale du fait qu’elle est l’occasion de nous séparer avec un membre du groupe. Elle est l’œuvre de toutes les couches sociales, exceptées les femmes et les bilakoro, c’est-à-dire les « nons initiés ». Le corps est porté par des hommes respectables et déposé au bord de la tombe dans le sens de la longueur. Les porteurs ne sont devancés par personne sauf quand il s’agit d’une femme où la foule doit suivre le mari; car, dans l’optique muslumane, c’est le jugement du mari qui déterminera le sort futur de la  femme.

Pour aller au cimetière, il est recommandé d’aller à pieds pour faire preuve de courtoisie envers Dieu ; au retour on peut emprunter un moyen de déplacement.

Sur les lieux d’inhumation on exécutera plusieurs pratique d’ordre animiste et musulmane. Par l’inhumation, le Maninka pense rendre l’être à son créateur, le rendre aussi à la terre-mère, source de fécondité à laquelle il sera réduit finalement. Car, le corps humain, substance matérielle est impure, une fois débarrassé de l’âme souffle vital, il perd toutes ses propriétés et se réduit à la terre.

Pour descendre le corps dans la tombe, trois personnes devront le recevoir et en ce moment on devra dire un verset coranique qui consiste à présenter le cadavre au créateur, lui dire qu’on vient lui rendre son esclave auquel il a fait appel. Avant de déposer le corps, on doit écrire au fond de la tombe le verset Bismil-lahi rahmani rahimi : au nom de Dieu, clément et misécordieux.

Si le défunt est un homme de caste (un chasseur par exemple), on arrose suffisamment le fond de coups de canon jusqu’à noircir la fosse, cela pour que les animaux qu’il a laissé en vie ne viennent pas l’effrayer.

Ensuite, on fait coucher le cadavre sur l’épaule droite, le visage tourné face à la terre et à l’Est. Après on rebouche la fosse avec la planche sur laquelle le corps était porté ; on met ensuite des branchages, enfin on ramène la terre en commençant par celle enlevée plus bas. Dans le silence ambiant, l’iman ou le karamoko demande à formuler les derniers souhaits. Il récite ensuite le verset suivant : «Ayatal Kursi ou» qui signifie, Dieu : il n’y a de Dieu que Dieu, Dieu vivant, animateur de l’univers… Il est l’auguste, l’impuni ».

Il est enfin recommandé qu’un homme s’attarde devant la tombe et interpelle trois fois le disparu par son nom et lui demande de se rappeler quelle est sa religion, qui est son prophète et quel est son livre.

Apèrs l’inhumation, l’assistance récite aussi le «salatou tashiti» qui est une prière de rachat. Selon les musulmans, parmi toutes les prières invoquées pour avoir le pardon de Dieu et son secours, elle est la plus importante. C’est elle qui lave l’homme de tous ses péchés.

Des cas spécifiques existent et concernent les non-circoncis, les imberbes, les noyés, le sorcier ainsi que le calciné dont les rites sont particuliers.

 
Barry Abdoulaye du Journal HOROYA  

 

 Sommaire
[Ca vous intéresse  | Stupide GuerreLe Vaudou | Probervement vôtre | Humour à gogo | Obsédé ou manique sexuel | Conakry de A à aujourd'hui | Santé  | L'amour pour toujours  | Ronflement cause et remède | Divorce: Faits et méfaits  | Carte géographique  | Hymne National  | Cérémonies funéraires |Tact et Contactnous écrire ]